Quand Jean-Louis Debré parle de Sarkozy

Nous reprenons ci-dessous un large extrait d’un article sur le Conseil Constitutionnel paru dans L’OBS du 2 au 8 avril 2015.

Le conseil constitutionnel sous la présidence de Jean-Louis Debré.

Le téléphone de Jean-Louis Debré est encore bouillant de la bordée d’injures que l’ancien président lui infligea lorsque, le 4 juillet 2013, il l’appela pour l’informer que les neuf sages confirmaient l’annulation des ses comptes de campagne présidentielle de 2012.

Il faut dire que cette décision faisait date. Vingt ans plutôt, Roland Dumas n’avait-il pas fermé les yeux sur le dépassement des comptes du candidat Balladur ? Pour Jean-Louis Debré, ce précédent faisait figure d’anti-modèle. Fini l’opacité et les petits arrangements entre amis, il voulait se plier à une procédure transparente.

Saisi par Nicolas Sarkozy, qui avait fait appel devant le Conseil de la première décision d’annulation de la Commission des Comptes de Campagne, Jean-Louis Debré nomme aussitôt des rapporteurs indépendants qui mènent leurs investigations comme bon leur semble.Pendant des semaines, ils rendent compte régulièrement aux sages ainsi qu’à l’avocat de Sarkozy. Au final, les manœuvres sont si grossières et le dépassement du plafond des dépenses tel que le Conseil ne peut que confirmer l’annulation.

Sarkozy explose et lâche les siens, à commencer par Brice Hortefeux, qui accuse le président du Conseil constitutionnel de "vouloir asphyxier une personne qui gène". "je me suis fait assassiné comme jamais..." soupire Debré.

A l’époque, il parcourt le pays pour faire la promotion de l’un de ses livres, "Ces femmes qui ont réveillé la France". Deux maires UMP annulent leur invitation. Un troisième lui interdit de venir inaugurer une place de la République dans sa commune....
Dix mois après explosait l’affaire Bygmalion. Le candidat UMP n’avait pas dépassé le plafond de ses dépenses de campagne de quelques centaines de milliers d’euros. Il l’avait crevé de 10,15 ou 17 millions !

"Heureusement qu’on a annulé ses comptes, sourit Debré. Sinon, un an après, le Conseil aurait été mis en cause, et la France aurait connu une grave crise institutionnelle."

Nous n’avons rien à ajouter !