Obsédant chômage, fiction ?

Tous les médias en parlaient : un grand savant venait de découvrir la machine à tout faire !

Un seul homme suffisait pour la faire fonctionner. Le génial inventeur s’était, tout naturellement, attribué ce rôle.

Plus besoin d’autre main-d’œuvre que la sienne, la machine en question fabriquerait, commanderait, entretiendrait tous les robots qui effectueraient désormais le travail des hommes : robots pilotes d’engins volants, terrestres, nautiques ou autres, robots agriculteurs, robots artisans, robots commerçants, robots enseignants, robots savants, robots sage-femme, robots chirurgiens, robots médecins, robots croque-morts et tous autres robots ne pouvant être cités ici, tant est longue la liste des métiers utiles et indispensables aux humains, durant leur court passage sur terre.

Nombreux étaient ceux qui voyaient poindre un avenir radieux

où les loisirs remplaceraient avantageusement le travail :

  • Finis les travaux pénibles abrégeant de sept à huit ans la vie de ceux qui, pour vivre et faire vivre leur famille, étaient contraints de les accomplir ;
  • finis les accidents du travail et maladies professionnelles handicapant à vie leurs victimes ;
  • fini le stress au travail conduisant parfois au suicide.

Enfin, on se prenait à espérer des jours meilleurs

Chacune et chacun pouvant se consacrer totalement au bien-être de sa famille et de ses voisins, à ses passions, à ses hobbies, à ses loisirs.

Toutes tâches étant exécutées par les robots, il semblait évident que les richesses appartiendraient à tous les humains et que la misère allait enfin n’être qu’un mauvais souvenir pour ceux qui la subissaient.

C’était oublier un peu vite le système économique

Celui-ci réservant les profits, pour une petite part, à ceux qui produisent les richesses, et pour le reste aux propriétaires des moyens de production. Notre génial inventeur cumulant ces deux rôles, toutes les richesses produites lui revenaient de droit. Il n’arrivait plus à mesurer son immense fortune !

Il fallut augmenter considérablement le nombre de robots Pôle emploi, les services étant complètement débordés par un formidable afflux de sans-emplois, tout heureux de l’avenir radieux qu’ils espéraient. Plus n’était besoin de prouver qu’ils recherchaient un emploi, il n’y en avait plus.

Des « ringards », ainsi les désignaient les tenants du « modernisme », proposaient de soumettre les énormes revenus de l’inventeur à un impôt de solidarité qui bénéficierait à tous. Tout génial qu’il fût,disaient-ils, ce monsieur n’aurait sans doute rien inventé sans le travail des générations précédentes. Ils se demandaient aussi à quoi pourrait lui servir cette richesse accumulée. On n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard ajoutaient-ils.

Assez vite se posa la question de la durée d’indemnisation du chômage, devenu permanent.

De savants économistes, largement relayés par les médias, déclaraient doctement qu’il ne fallait rien changer, que la collectivité ne pouvait, éternellement, payer les gens à ne rien faire, que l’époque de l’Etat-Providence et de l’assistanat était révolue et qu’il était grand temps de revenir sur la semaine de 35 heures. L’impôt tue l’impôt répétaient-ils à qui mieux-mieux, ajoutant même que, s’il était trop imposé, l’illustre inventeur risquait d’aller exercer son activité ailleurs, sur la lune par exemple où, comme chacun sait, on ne paie pas d’impôts.

Rêve ? Cauchemar ?

A peine éveillé, devant son café fumant, la tête pleine d’interrogations sur le bon sens politique, la répartition des richesses, la condition humaine et l’avenir de notre société, l’homme s’exclama soudain :

« c’est pas tout ça, c’est l’heure du boulot ! » …..

Il en avait encore !


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